dimanche, décembre 02, 2007

La Flèche


Tout est allé très vite. Et j’ai rien senti. Pfuitt… comme une flèche. Oui, c’est tout à fait ça, une flèche. Je suis une flèche qui vient d’atteindre sa cible. Une flèche tirée il y a une soixantaine d’années de l’entre jambe arqué de ma mère et de celui bandé de mon père, qui vient de se planter, enfin. Et j’ai rien senti. Rien du tout. Ni le terrorisme et les guerres qui en découlent. Ni le fanatisme religieux et les terrorismes qui en découlent. Ni la mondialisation, ni la lutte anti-OGM, encore moins le débat sur l’euthanasie que la constitution européenne. Je n’ai pas vu les GI’s se faire abattre en Irak, ni leurs victimes au Pakistan, Afghanistan, et encore tant. Je suis passé à côté des régressions du cancer comme des progrès du SIDA. La famine est passée par le Niger, et le nettoyage ethnique par le Darfour sans que je m’en aperçoive. Un mur s’est effondré entre l’est et l’ouest de Berlin, un autre s’est érigé entre Palestiniens et Israélien. Je n’ai pas vu un parpaing. J’ai raté le suicide de Bérégovoy et l’avènement de De Villepin. La télévision est devenue une poubelle et les villes sont devenues des supermarchés sans me déranger. Je n’ai pas vu, sous aucun des quatre angles possibles, la balle transpercer l’oreille de Kennedy. Je n’ai pas entendu le baril de pétrole franchir la barre record des 60 dollars. Je n’ai pas vu le métro Londonien exploser et personne se jeter des Twin Towers. Je n’ai rien su de la réélection de Chirac ou des mensonges de Bush, et inversement. Saddam Hussein ? Connais pas. Pas plus que Bin Laden, José Maria Aznar ou Tony Blair. Je n’ai pas entendu les tremblements de terre mexicains, la montée fasciste autrichienne ni les insultes de Le Pen, pas plus que le tsunami indien ou les velléités nucléaires de l’Iran. Une ville entière et toute sa population ont été rasées par la bombe A et j’ai raté ça. Je ne me suis pas posé la question de la guerre au Vietnam. Je suis passé à côté du soulèvement armes au poings des troupes de l’EZLN contre le gouvernement mexicain et du découpage à la machette des hutus et des tutsis. Ratés aussi le massacre de Srebrenicza et les essais atomiques français en Nouvelle-Calédonie. Un homme a marché sur la lune, sûrement pendant que j’y étais, dans la lune. Pas la moindre trace de la mort de Mitterrand ni de la libération de Nelson Mandela. Pas la plus vague réminiscence des milliards d’autres choses qui m’ont effleuré sans me toucher.

J’ai raté le monde à ne penser qu’à toi.

Et je te garde à l’intérieur maintenant que je pars mon amour.

À l’intérieur, comme une flèche en travers de mon cœur.


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