Épilogue, moi.
(Mes émois et moi (s))
Moi, si j’avais pu,
J’aurais été le sous-commandant Marcos,
J’aurais été Cassius Clay.
J’aurais été aimé un petit peu,
Et un petit peu courageux.
J’aurais même peut-être été « une ».
Moi, si j’avais été aimé,
J’aurais été Santa Claus,
Ou peut-être Jésus.
Si j’avais été un petit peu courageux,
J’aurais été beau.
Beau et con à la fois.
Ou Brel.
Moi, si j’avais été « une »,
J’aurais été belle.
Ou Amanda Lear.
Si, pour Salvador Dali.
Je ne sais pas,
Peut-être j’aurais été moi,
Si j’avais pu.
Non, si j’avais pu choisir
Je ne serais même pas sorti,
Parce que même mourir
Ça ne m’a pas changé la vie.
Aujourd’hui sous la pluie
N’a été qu’un jour de plus.
Il y a encore eu les prières
Le clic cloc des pendules
Les pas sous la poussière
Les grenouilles qui pullulent
Il y a encore eu les grands bals
Les grands jours de grand-messe
Le grand affront national
Des pantalons qui se baissent
Il y a encore eu la colère
Tous les poseurs de bombes
Les marches militaires
Et un pas dans la tombe
Il y a encore eu les poètes
Les fous, les acrobates
Ceux qui s’aiment, ceux qui s’entêtent
Devant les automates
Et puis les bulldozers
Les pilons qui matraquent
Le quartier des affaires
Le béton et l’asphalte
Et puis les rêves qui s’enterrent
Les arbres qui s’abattent
Les sombres oiseaux de la mer
Et les vaches à six pattes
Enfin une grande bouffée d’air
Un pétard qui éclate
Et puis encore un dernier verre
De Picon qui m’attaque
Alors j’ai bu.
J’ai bu.
J’ai bu jusqu’à épuisement pour ne pas me livrer cru aux chiens.
Et une fois cramé, avant de refermer ma parenthèse, je me suis échappé.
J’ai ouvert la fenêtre.
J’ai suivi un courant d’air.
Je m’en suis mis plein les poumons.
Je m’en suis sorti.
J’ai battu des rêves un petit peu.
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