samedi, décembre 01, 2007

Vous Ne M'aurez Pas Cru (monologue en plusieurs parties aléatoirement solidaires)


Épilogue, moi.
(Mes émois et moi (s))


Moi, si j’avais pu,

J’aurais été le sous-commandant Marcos,

J’aurais été Cassius Clay.


J’aurais été aimé un petit peu,

Et un petit peu courageux.

J’aurais même peut-être été « une ».


Moi, si j’avais été aimé,

J’aurais été Santa Claus,

Ou peut-être Jésus.


Si j’avais été un petit peu courageux,

J’aurais été beau.

Beau et con à la fois.

Ou Brel.


Moi, si j’avais été « une »,

J’aurais été belle.

Ou Amanda Lear.

Si, pour Salvador Dali.


Je ne sais pas,

Peut-être j’aurais été moi,

Si j’avais pu.


Non, si j’avais pu choisir

Je ne serais même pas sorti,

Parce que même mourir

Ça ne m’a pas changé la vie.


Aujourd’hui sous la pluie

N’a été qu’un jour de plus.


Il y a encore eu les prières

Le clic cloc des pendules

Les pas sous la poussière

Les grenouilles qui pullulent


Il y a encore eu les grands bals

Les grands jours de grand-messe

Le grand affront national

Des pantalons qui se baissent


Il y a encore eu la colère

Tous les poseurs de bombes

Les marches militaires

Et un pas dans la tombe


Il y a encore eu les poètes

Les fous, les acrobates

Ceux qui s’aiment, ceux qui s’entêtent

Devant les automates


Et puis les bulldozers

Les pilons qui matraquent

Le quartier des affaires

Le béton et l’asphalte


Et puis les rêves qui s’enterrent

Les arbres qui s’abattent

Les sombres oiseaux de la mer

Et les vaches à six pattes


Enfin une grande bouffée d’air

Un pétard qui éclate

Et puis encore un dernier verre

De Picon qui m’attaque


Alors j’ai bu.

J’ai bu.

J’ai bu jusqu’à épuisement pour ne pas me livrer cru aux chiens.

Et une fois cramé, avant de refermer ma parenthèse, je me suis échappé.

J’ai ouvert la fenêtre.

J’ai suivi un courant d’air.

Je m’en suis mis plein les poumons.

Je m’en suis sorti.

J’ai battu des rêves un petit peu.

Et puis je suis tombé.



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