Charles Bukowski
Prologue
Petit déjà, j’étais enclin à vivre des choses que mes pairs, je n’en doutais pas, ne seraient pas prédisposés à croire : des escapades rocambolesques, des métamorphoses kafkaïennes, de longues périodes d’abrutissement TFiens, des aberrations Vilnusiennes, des cauchemars, des rêves… pornographiques.
Des nuits grises. Des jours blancs. Noirs.
On m’avait dit que tout s’arrangerait en grandissant et puis je n’ai pas beaucoup grandi. J’ai vieilli par contre, vite. Bien que je fusse né un 29 février et ne fêtasse mon anniversaire qu’une fois tout les quatre ans.
Je restai petit donc. Et devins vieux. Si bien qu’il est arrivé un moment où j’ai mesuré un mètre soixante-neuf, avais dix-sept ans et en paraissais quatre fois plus. Ce jour là, je décidai d’en finir.
Et figurez-vous que ce jour était là, tout à l’heure, juste au-dessus de vos têtes.
Je vous raconterai, mais vous non plus vous ne me croirez pas. Vous ne croirez pas que cette histoire est autobiographique, bien qu’elle soit narrée à la première personne du singulier, bien qu’elle soit basée sur des faits réels, bien que les personnages qui la peuplent existent-ont existé-existeront, bien qu’elle ne soit, comme la vôtre, que l’histoire d’une ligne droite entre une vie et sa mort. Parce que nous ne faisons pas de détours, hein ? entre la poussière et la merde. Pourquoi tenter en vain d’éviter l’air russo-liniste, la pluie germano-cive, les vaches folles d’anglo-balisation, les voitures piégées hispano-beldelaguerre, la bouffe américano-bèse, les idées franco-necommelalune, la mer naufragée par la dictature économico-mondialcolique, les enfants nintendo-sonystes, les parents sadomasochistes ?
Pourquoi ?
POURQUOI ?
Et pourquoi pas ?
Pourquoi non plus ne pas laisser une parenthèse orpheline de temps en temps, une porte ouverte, une issue de secours, une fenêtre qui fait courant d’air, une chance de s’en sortir, de s’en mettre plein les poumons, une chance de battre des rêves ?
Pourquoi pas, Vincent ?
Je vous raconterai donc ma vie en parties. Un mort qui vous raconte sa vie ce n’est pas la première fois. Didier Barbelivien fait ça très bien, depuis longtemps, et moi non plus, vous ne me croirez pas…
Parce qu’il y a des choses comme ça.
Au fait, Vincent, c’est mon nom de famille.
Encore une expression qui prête à rire.
Encore faut-il avoir une famille.
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