dimanche, février 24, 2008

Personne ne s'étonne (5)

- Qu’est ce qu’il t’a fait Benchetrit ?

- Rien de bon. Et à toi ?

- Tu dis du mal de lui uniquement à cause de… « L’histoire »[1].

- Ouais. Mais en même temps c’est l’occase.

- T’es vraiment nul. T’as donc vraiment aucun respect pour rien ? « L’occase » ? Une femme meurt et ça te donne « L’occase » ?

- J’ai pas mis de majuscule moi. Et je ne vois pas du tout pourquoi on parle de ça alors que ça n’a rien à voir avec mon histoire.

- Ça n’a rien à voir ? Tu rigoles ou quoi ? « …dans le coma ? Elle s’est cognée à un radiateur ?… moi j’ai la rage moi… et Rimbaud… et Verlaine… l’amour… la haine… »

- Pourquoi tu reviens là-dessus c’était y a au moins dix pages ?

- Non mais tu t’es vu là, avec tes pleurs et tes rancoeurs et ta poésie à deux francs ?!

- Ringarde.

- Quoi ?!

- Rien. Je comprends pas pourquoi tu t’énerves.

- Je m’énerve pas.

- Je suis sûr que tu sais même plus de quoi on parle.

- De Benchetrit.

- Et tu l’aimes Benchetrit ?

- Bof.

- Bon. J’étais en train de parler de nous en plus. J’en arrivais au moment auquel on était dans le lit et tu étais toute nue et j’avais pas de vêtements et je caressais tes fesses d’une main et tes seins de l’autre parce que je pouvais vu qu’on était dans cette position que j’aime tant où ceux qui s’aiment sont comme deux cuillères qui s’aimantent et en même temps que je t’embrassais sous l’oreille là où seuls les amants vont et ça fout la chair de poule je te murmurais que je t’aimais aussi dur et aussi grand que ma queue qui grossissait alors tu riais en pensant sûrement que c’était pas énorme mais que ce qui comptait c’était que ce soit un maximum et puis quand mon maximum a commencé à se frotter à ton maximum tu as commencé à me prendre au sérieux et tu ne riais plus du tout quand j’ai soupiré que si on avait L’occase avec une majuscule on pourrait peut-être faire un minuscule tu as gémit écris-le moi et je t’ai prise au mot et comme une bête.

- Prétentieux.

- Je peux dire ce que je veux personne ne croit à ce dialogue bidon de toute façon…



[1] « L’histoire » ? En italique, entre guillemets et avec un L majuscule ? On ne nomme plus certaines choses, c’est ça ? On les enferme gentiment entre des guillemets solides et des majuscules pompeuses pour leur conférer une certaine solennité, et sous prétexte de respect devant le drame, la confrérie de l’italique se met en branle et arrondit les angles en penchant les lettres ? On murmure, on chuchote, on parle dans les coins, les yeux derrière la tête, on juge, on divulgue et on condamne à genoux sous le bouclier typographique !

1 commentaire:

Unknown a dit…

Peuh ! La pudeur ? la Discrétion ? La délicatesse ? elles n'existent plus, pour toinooloot