J’ai toujours été ronde
Pas forcément grosse
Pas la plus grosse en tout cas
Mais ronde
À une époque ça plaisait
J’ai eu du succès
Un temps
Un temps où les hommes ne savaient plus
Comment s’y prendre
Pour me mettre le grappin dessus
Avant les autres
Et puis il y en a un qui est venu
Qui m’a eue
Il m’a prise
Et comme tout ce qui est pris une première fois
Rendu accessible
Je suis devenue banale
C’est le progrès ça
Quand on peut tout avoir
On peut tout
Le bonheur sur playstation
La guerre à la télé
Et vice-versa
Choisissez votre chaîne
Choisissez votre camp
Choisissez votre bouquet
Choisissez votre abonnement
Choisissez votre haine
Choisissez votre peine
Choisissez votre talent
Choisissez votre armée
Moisissez tranquillement
J’ai toujours été pale oui
Et les crevasses là
Sur ma peau
C’est la tristesse
Et puis l’angoisse
Et puis le stress
Les hommes m’utilisent
Je ne suis pas dupe
Une visite de courtoisie une fois tous les vingt ans
Histoire de s’envoyer en l’air
Pour l’histoire
Sans histoire
Pour flamber devant les copains
Je ne suis pas dupe
Ils n’ont d’yeux que pour elle
Et c’est pas nouveau
Elle a toujours eu les égards
Avec ses parures
Ses fourrures
Son or et son diamant
Je n’envie pas les populaires pour autant
Qu’est-ce qu’elles ont les populaires
La masse
L’envie
La luxure
La bêtise
Démultipliées par la masse
Le monde qui attire le monde qui attire le monde qui attire le monde qui attire le monde qui attire le monde
Qu’a-t-il le monde
L’engouement imbécile
La vénération aveugle
Le retour des bâtons
Les revers de médaille
Le contraire instantané
Le mauvais goût
Le mauvais goût et la populace
La précipitation du nombre
La multiplication
L’ennui du panel
L’embarras du choix
Qu’est ce qu’elles ont les populaires
Les adversaires qui se mitraillent
La honte sur le cœur
Le mouvement des foules
La liesse
L’ivresse
L’hypocrisie et la délation
Le génocide
L’amer
L’amer goût de sel des larmes qu’on ravale
L’amer goût de celles que les armes salissent
L’amer goût de ceux qui s’allient dans les armes
L’amer goût du lys qui meurt
L’amer de la peur
L’amer de l’horreur
La merde enchanteresse
De l’América
L’amer y caca
C’est fast-food et compagnie
C’est bien beau de hurler
C’est bien beau
Qu’est-ce qu’elles ont les populaires
La solitude qui mord comme une brûlure au fer
Et les traces qui restent sur les plis de la peau que personne ne caresse
Sur l’étoffe d’épiderme que personne ne froisse
Sur les murs où l’on pisse
Et les rues que l’on souille des médiocrités qu’on crache
Des libertés cyniques
Des innocents qui bouillent dans les tempes des lâches
À qui l’on a cousu la bouche
Avec la pub
Avec le sport et les records
Avec le juste prix et Philippe Risoli
Pour une famille en or
Qui vous reçoit 7 sur 7
Et le sol qui s’éventre pour vous bouffer tout cru
Et la mer qui s’écarte pour vous qui avez crû
Les radars de
Et les doigts qui se tendent
Avec haine
Avec grâce
Parce que tu es nouveau
Donc un ennemi
Parce que j’te connais pas
Nous sommes concurrents
Parce que tu es plus gros
Parce que tu es plus grand
Parce que tu parles comme-ci
Parce que tu parles comme ça
Et qu’est-ce que tu ris fort
Dans cet endroit trop triste
Tais-toi
Le monde dort
Sois discret
Je t’en supplice
Et appelle au secours
Au secours au dehors
Ou j’appelle au secours
Au secours au dehors
Il y en a un qui bouge là
Il y en a un qui mord
Et pourtant j’te connais
Par cœur je te connais
Sur le bout des doigts
Y a pas plus d’un quart d’heure
J’étais le même que toi
Alors tu vois si je crie c’est pas pour des foutaises
Les raisons je les connais les raisons
Je les connais
Ici on ne rit pas
On court
On dort
On regarde Pierre Tchernia
Mourir sous la lumière
Sous le fond de teint
Sous les hourras
C’est pas la mer à boire
Il faut entrer dans le moule
Au début ça tord les boyaux
Comme un coup dans les couilles
Et puis on s’habitue
C’est pas grave le malaise
Ce qui est grave c’est le courage
Arrête
Tu n’as pas l’âge
D’écouter ces conneries
C’est bien beau de hurler
C’est bien beau
Retourne dans ta cage
Endors-toi dans le bruit
Des faux indiens tomahawk
Des Scud
Et hug
Pour le grand chef de la force armée
Qui du sang plein la bouche
Lance les attaques amerloques
Du bush ardent et du blair en personne
Au milieu de la paix
Entre deux mercis
Voilà ce qu’elles ont les populaires
Vous
Excusez-moi
Je vous demande pardon
Je vois que vous étiez installés tranquillement
Là
Amants minuscules qui se brûlent les sens
S’immolent par les deux bouts
Allongés sur l’herbe
J’ai toujours eu une forte propension à l’emportement
Je m’en excuse
Vous n’êtes pas comme eux vous
Vous prenez des risques
Le feu sur l’herbe
Le mélange
Les yeux ouverts à l’extérieur
Pour ne pas rater l’autre
Pour ne pas le perdre
Vous aimez sans compter
Sans savoir si vous aurez assez de souffle
Vous aimez comme vous courez
Au bord du gouffre
Les talons dans le vide
Les pointes qui s’accrochent sans vraiment le vouloir
En attendant une bourrasque
Qui vous ramène sur la rive
Ou vous emporte un peu plus loin
À la dérive
Vous êtes beaux vous
Vous êtes beaux
Vous hurlez
Vous êtes beaux
Vous hurlez dans une bouteille que vous jetez à l’eau
Et votre espoir la garde à la surface
Vous vous moquez bien qu’un héro égaré la récupère et la fracasse
À moitié saoul
Au coin d’un bar
Pour égorger un plus paumé
Un moins blafard
Vous vous foutez bien de tout ce cirque
Et tralala
Vous avez vos orages qui vous mouillent les joues
Mais vous avez le temps
Vous
D’attraper la rage
D’ici on pourrait croire deux bijoux
Comme il ne s’en fait plus depuis longtemps chez vous
C’est bien beau de briller
C’est bien beau
Mais ne confondez pas éclat et scintillement
Il y en a un c’est la classe
L’autre l’angoisse
L’éclat est permanent
Brille de mille feux
Le scintillement est précaire
Il est intermittent
Tiens en parlant de mi-temps
Connaissez-vous le score
Avez-vous vu les buts
Mais c’est la coupe du monde bon sang
Une coupe à la brosse
Bien droite
Rigide
Pas un poil qui dépasse
Le petit taiwanais s’exécute
Et pose un dernier point à la balle adidas
Qu’il a cousu aux mains
Plus de 15 heures pas jour
Pendant qu’aux antipodes amassé en troupeau
Et saoul comme un cochon
Le français l’italien l’anglais le haut de la tour
Éructe quand le même ballon franchit la ligne de but
Et Pascal Chibonda n’est plus qu’une marionnette
Et un quart se marre
Pendant que deux tiers se meurent
Pardon
J’ai toujours eu une fâcheuse tendance à la digression
Vous vous en footez
Le mot est bon
Évidemment pour vous la vie c’est maintenant
Et maintenant et maintenant
C’est maintes fois
C’est bien beau
C’est bien fait
Le chaos Ikéa
C’est bien fait
L’amas Amazone
C’est bien fait
L’hideux Lidl
C’est bien fait
Et puis pour le gosse c’est du pareil au même
Quelle qu’en soit la marque il aura un code barre cramé sur la rétine
Petite cible biométrique idéale
Pour les flèches brûlantes du Tout marketing
Qui veut savoir combien tu coûtes combien tu gagnes combien tu payes combien tu aimes
Le retour à la frontière et l’accès à la cantine
À l’immigration bien choisie
À la discrimination positive
À la sécurité nationale et sociale
Et le sang qui ruisselle le long de ces jours n’est-il pas bleu
Mais restez tranquilles
Je sais des centaines d’amants séculiers qui me promettent encore
Qui
Posent sur mon corps des yeux de conquête
Qui
Ne croient pas mort leur projet obsolète
Qui
Pour un tour de passe-passe se la jouent poètes
Et
Il tombe amoureux
Et
Elle tombe de haut
Et je ris
Mais
Tous vos coups de foudre me traversent le cœur
Mais
Tous vos coups de cœur me réchauffent les sens
Et je ris
Mais
Ne suis plus que la muse d’un soir
De groupes de rock en plastique
Qui plaquent leurs accords pop folk fuck
Sur des textes à chier
Par leur intellect triple épaisseur molletonné
Et les ados adhèrent
Se suicident chez le disquaire
Des millions de victimes à leur
Compteur
Hit 50
Top parade
Brillants universal et fiers ils chevauchent les charts
Sur le chemin tracé pour la guerre des scud
De musique/mascarade
Qui génocide les poètes
C’est le rutilant massacre
À grands coups de paillettes/poudre aux yeux de la masse
Âcres
Les dents d’or qui se broient à bouffer la misère
Âcres
Les mâchoires de platine en étaux de poussière
Âcres
Les langues d’argent qui lèchent la lumière
Accrochées au cul de l’apparat salace
À crever dans la marre
À croupir dans l’amour
À craquer devant la glace
À cravacher le change-or
À creuser pour l’horreur
À crisper les contours
À croître sous les bombes
À crier sous les ponts
À croiser les erreurs
À crouler sous les morts
À cramer la fortune
À croire que vous êtes cons
Comme la lune
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