lundi, décembre 10, 2007

Con(s) Comme La Lune


J’ai toujours été ronde

Pas forcément grosse

Pas la plus grosse en tout cas

Mais ronde

À une époque ça plaisait

J’ai eu du succès

Un temps

Un temps où les hommes ne savaient plus

Comment s’y prendre

Pour me mettre le grappin dessus

Avant les autres

Et puis il y en a un qui est venu

Qui m’a eue

Il m’a prise

Et comme tout ce qui est pris une première fois

Rendu accessible

Je suis devenue banale

C’est le progrès ça

Quand on peut tout avoir

On peut tout

Le bonheur sur playstation

La guerre à la télé

Et vice-versa

Choisissez votre chaîne

Choisissez votre camp

Choisissez votre bouquet

Choisissez votre abonnement

Choisissez votre haine

Choisissez votre peine

Choisissez votre talent

Choisissez votre armée

Moisissez tranquillement

J’ai toujours été pale oui

Et les crevasses là

Sur ma peau

C’est la tristesse

Et puis l’angoisse

Et puis le stress

Les hommes m’utilisent

Je ne suis pas dupe

Une visite de courtoisie une fois tous les vingt ans

Histoire de s’envoyer en l’air

Pour l’histoire

Sans histoire

Pour flamber devant les copains

Je ne suis pas dupe

Ils n’ont d’yeux que pour elle

Et c’est pas nouveau

Elle a toujours eu les égards

Avec ses parures

Ses fourrures

Son or et son diamant

Je n’envie pas les populaires pour autant

Qu’est-ce qu’elles ont les populaires

La masse

L’envie

La luxure

La bêtise

Démultipliées par la masse

Le monde qui attire le monde qui attire le monde qui attire le monde qui attire le monde qui attire le monde

Qu’a-t-il le monde

L’engouement imbécile

La vénération aveugle

Le retour des bâtons

Les revers de médaille

Le contraire instantané

Le mauvais goût

Le mauvais goût et la populace

La précipitation du nombre

La multiplication

L’ennui du panel

L’embarras du choix

Qu’est ce qu’elles ont les populaires

Les adversaires qui se mitraillent

La honte sur le cœur

Le mouvement des foules

La liesse

L’ivresse

L’hypocrisie et la délation

Le génocide

L’amer

L’amer goût de sel des larmes qu’on ravale

L’amer goût de celles que les armes salissent

L’amer goût de ceux qui s’allient dans les armes

L’amer goût du lys qui meurt

L’amer de la peur

L’amer de l’horreur

La merde enchanteresse

De l’América

L’amer y caca

C’est fast-food et compagnie

C’est bien beau de hurler

C’est bien beau

Qu’est-ce qu’elles ont les populaires

La solitude qui mord comme une brûlure au fer

Et les traces qui restent sur les plis de la peau que personne ne caresse

Sur l’étoffe d’épiderme que personne ne froisse

Sur les murs où l’on pisse

Et les rues que l’on souille des médiocrités qu’on crache

Des libertés cyniques

Des innocents qui bouillent dans les tempes des lâches

À qui l’on a cousu la bouche

Avec la pub

Avec le sport et les records

Avec le juste prix et Philippe Risoli

Pour une famille en or

Qui vous reçoit 7 sur 7

Et le sol qui s’éventre pour vous bouffer tout cru

Et la mer qui s’écarte pour vous qui avez crû

Les radars de la France qui vous regardent en face

Et les doigts qui se tendent

Avec haine

Avec grâce

Parce que tu es nouveau

Donc un ennemi

Parce que j’te connais pas

Nous sommes concurrents

Parce que tu es plus gros

Parce que tu es plus grand

Parce que tu parles comme-ci

Parce que tu parles comme ça

Et qu’est-ce que tu ris fort

Dans cet endroit trop triste

Tais-toi

Le monde dort

Sois discret

Je t’en supplice

Et appelle au secours

Au secours au dehors

Ou j’appelle au secours

Au secours au dehors

Il y en a un qui bouge là

Il y en a un qui mord

Et pourtant j’te connais

Par cœur je te connais

Sur le bout des doigts

Y a pas plus d’un quart d’heure

J’étais le même que toi

Alors tu vois si je crie c’est pas pour des foutaises

Les raisons je les connais les raisons

Je les connais

Ici on ne rit pas

On court

On dort

On regarde Pierre Tchernia

Mourir sous la lumière

Sous le fond de teint

Sous les hourras

C’est pas la mer à boire

Il faut entrer dans le moule

Au début ça tord les boyaux

Comme un coup dans les couilles

Et puis on s’habitue

C’est pas grave le malaise

Ce qui est grave c’est le courage

Arrête

Tu n’as pas l’âge

D’écouter ces conneries

C’est bien beau de hurler

C’est bien beau

Retourne dans ta cage

Endors-toi dans le bruit

Des faux indiens tomahawk

Des Scud

Et hug

Pour le grand chef de la force armée

Qui du sang plein la bouche

Lance les attaques amerloques

Du bush ardent et du blair en personne

Au milieu de la paix

Entre deux mercis

Voilà ce qu’elles ont les populaires

Vous

Excusez-moi

Je vous demande pardon

Je vois que vous étiez installés tranquillement

Amants minuscules qui se brûlent les sens

S’immolent par les deux bouts

Allongés sur l’herbe

J’ai toujours eu une forte propension à l’emportement

Je m’en excuse

Vous n’êtes pas comme eux vous

Vous prenez des risques

Le feu sur l’herbe

Le mélange

Les yeux ouverts à l’extérieur

Pour ne pas rater l’autre

Pour ne pas le perdre

Vous aimez sans compter

Sans savoir si vous aurez assez de souffle

Vous aimez comme vous courez

Au bord du gouffre

Les talons dans le vide

Les pointes qui s’accrochent sans vraiment le vouloir

En attendant une bourrasque

Qui vous ramène sur la rive

Ou vous emporte un peu plus loin

À la dérive

Vous êtes beaux vous

Vous êtes beaux

Vous hurlez

Vous êtes beaux

Vous hurlez dans une bouteille que vous jetez à l’eau

Et votre espoir la garde à la surface

Vous vous moquez bien qu’un héro égaré la récupère et la fracasse

À moitié saoul

Au coin d’un bar

Pour égorger un plus paumé

Un moins blafard

Vous vous foutez bien de tout ce cirque

Et tralala

Vous avez vos orages qui vous mouillent les joues

Mais vous avez le temps

Vous

D’attraper la rage

D’ici on pourrait croire deux bijoux

Comme il ne s’en fait plus depuis longtemps chez vous

C’est bien beau de briller

C’est bien beau

Mais ne confondez pas éclat et scintillement

Il y en a un c’est la classe

L’autre l’angoisse

L’éclat est permanent

Brille de mille feux

Le scintillement est précaire

Il est intermittent

Tiens en parlant de mi-temps

Connaissez-vous le score

Avez-vous vu les buts

Mais c’est la coupe du monde bon sang

Une coupe à la brosse

Bien droite

Rigide

Pas un poil qui dépasse

Le petit taiwanais s’exécute

Et pose un dernier point à la balle adidas

Qu’il a cousu aux mains

Plus de 15 heures pas jour

Pendant qu’aux antipodes amassé en troupeau

Et saoul comme un cochon

Le français l’italien l’anglais le haut de la tour

Éructe quand le même ballon franchit la ligne de but

Et Pascal Chibonda n’est plus qu’une marionnette

Et un quart se marre

Pendant que deux tiers se meurent

Pardon

J’ai toujours eu une fâcheuse tendance à la digression

Vous vous en footez

Le mot est bon

Évidemment pour vous la vie c’est maintenant

Et maintenant et maintenant

C’est maintes fois

C’est bien beau

C’est bien fait

Le chaos Ikéa

C’est bien fait

L’amas Amazone

C’est bien fait

L’hideux Lidl

C’est bien fait

Et puis pour le gosse c’est du pareil au même

Quelle qu’en soit la marque il aura un code barre cramé sur la rétine

Petite cible biométrique idéale

Pour les flèches brûlantes du Tout marketing

Qui veut savoir combien tu coûtes combien tu gagnes combien tu payes combien tu aimes

Le retour à la frontière et l’accès à la cantine

À l’immigration bien choisie

À la discrimination positive

À la sécurité nationale et sociale

Et le sang qui ruisselle le long de ces jours n’est-il pas bleu

Mais restez tranquilles

Je sais des centaines d’amants séculiers qui me promettent encore

Qui

Posent sur mon corps des yeux de conquête

Qui

Ne croient pas mort leur projet obsolète

Qui

Pour un tour de passe-passe se la jouent poètes

Et

Il tombe amoureux

Et

Elle tombe de haut

Et je ris

Mais

Tous vos coups de foudre me traversent le cœur

Mais

Tous vos coups de cœur me réchauffent les sens

Et je ris

Mais

Ne suis plus que la muse d’un soir

De groupes de rock en plastique

Qui plaquent leurs accords pop folk fuck

Sur des textes à chier

Par leur intellect triple épaisseur molletonné

Et les ados adhèrent

Se suicident chez le disquaire

Des millions de victimes à leur

Compteur

Hit 50

Top parade

Brillants universal et fiers ils chevauchent les charts

Sur le chemin tracé pour la guerre des scud

De musique/mascarade

Qui génocide les poètes

C’est le rutilant massacre

À grands coups de paillettes/poudre aux yeux de la masse

Âcres

Les dents d’or qui se broient à bouffer la misère

Âcres

Les mâchoires de platine en étaux de poussière

Âcres

Les langues d’argent qui lèchent la lumière

Accrochées au cul de l’apparat salace

À crever dans la marre

À croupir dans l’amour

À craquer devant la glace

À cravacher le change-or

À creuser pour l’horreur

À crisper les contours

À croître sous les bombes

À crier sous les ponts

À croiser les erreurs

À crouler sous les morts

À cramer la fortune

À croire que vous êtes cons

Comme la lune




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